|
0615435289
Haute Garonne horizontal copie
Comité Départemental Handisport
Haute-Garonne
145316366_1493419360862429_3615088501919214555_n
HIVERNAT Jonathan 
Joueur au Stade Toulousain Handisport, Capitaine de l’équipe de France de rugby fauteuil. 
 
Le CDH 31 vous propose de découvrir une interview de Jonathan Hivernat, réalisée par Marine (volontaire en service civique).
 
Bonjour Jonathan
Jonathan : Bonjour Marine, je suis prêt pour l’interview, dit moi tout.
 
Pour commencer j’aimerais savoir depuis quand tu pratiques le rugby fauteuil ?
Jonathan : Alors j’ai découvert le rugby fauteuil par l’intermédiaire du Stade Toulousain Rugby Handisport, qui est anciennement le THOM, Toulouse Handi Ovalie Mixte. Donc j’ai découvert la discipline dans mon centre de rééducation au centre Jean Lagarde à Ramonville qui dépendait de l’ASEI à l’époque. Donc en fait ils ont fait une démonstration en 2009 au centre et c’est vrai que déjà j’étais très intrigué par la pratique et la démonstration du rugby fauteuil. Je m’étais inscrit et depuis ce moment-là, ce jour-là où j’avais fait un essai, un entraînement, je n’ai jamais plus ressenti le handicap. Ça doit faire... là c’est ma 12e année donc ça fait 11 ans que je pratique le rugby fauteuil, et ça va faire maintenant 9 ans au plus haut niveau.
 
Ah oui d’accord ! Et est-ce qu’avant le rugby tu pratiquais un autre sport ?
Jonathan : Alors oui, j’en ai fait plusieurs avant que ma pathologie arrive à l’âge de 13 ans. J’avais fait du tennis et du foot avant. Et donc à l’âge de 13 ans en fait je me suis tourné vers le tennis de table et également vers l’équitation.
 
Et est-ce que tu as été dans un autre club que celui du Stade Toulousain ?
Jonathan : Oui, à la section UCD Auscitain de tennis de table à l’époque. J’ai eu la chance d’être bien accueilli par ce club et puis j’ai découvert l’équitation. Et par la suite, je suis venu à Toulouse et j’ai rejoint l’association sportive des handis toulousains, géré par Michaël Grall, par l’ASPTT de Toulouse.
 
Quelles sont tes sources de motivation au quotidien ?
Jonathan : Alors, elles sont bien complétées par la détermination, bien sûr l’envie, le dépassement de soi, la réalisation d’un impossible, d’un objectif presque inaccessible. Ma propre force au quotidien c’est que je vis le moment présent, peu importe ce qu’il se passe, il faut continuer à rêver dans la réalisation d’objectifs, se donner cette détermination et cette matière qui nous fait vivre et tant vibrer.
 
Et qu’est-ce que cette discipline te procure dans la vie de tous les jours ?
Jonathan : Alors du coup elle me propose un équilibre en même temps que mon projet de vie professionnelle. C’est un épanouissement, complètement, personnel et professionnel. Si je l’amène sur le côté sportif, donc d’abord elle me permet d’extérioriser toute une journée professionnelle, mais au-delà de ça, c’est mon mode d’évasion, c’est mon mode d’expression et c’est ma forme à moi, ma rééducation à moi, en fait c’est ma forme et mon autonomie de tous les jours et c’est un réel plaisir de jouer tout le temps avec ces choses. C’est plus qu’un sport !
 
Quelle est ta profession à côté de ton engagement de sportif de haut niveau ?
Jonathan : Alors, anciennement j’étais agent immobilier, mais le covid-19 a eu raison malheureusement de ma cessation d’activité. Et donc du coup maintenant je suis employée à Décathlon en centre-ville au rayon randonnée sur un poste à temps partiel à 19h afin que je puisse en fait adapter les horaires en fonction de mes entraînements et de mes compétitions en national et international.
 
Parce que les entraînements, c’est tous les jours ?
Jonathan : Exactement, je fais minimum 2 heures, 3 heures par jour du lundi au vendredi et je fais des petites « virées » sportives en plus.
 
D’accord. Et ta situation de handicap ?
Jonathan : Alors, c’est la maladie de Charcot Marie Tooth, c’est une neuropathie donc qui touche les nerfs contrôlant les mouvements musculaires et les nerfs sensitifs. Elle fait partie des myopathies qui aujourd’hui n’a aucun traitement face à la maladie, mais au-delà de ça c’est une atteinte partielle ou totale de la gaine des nerfs. En fonction de chaque personne atteinte de cette maladie, la rupture est plus ou moins sévère. Me concernant, en fait j’ai une rupture totale au niveau des membres inférieurs et une rupture partielle au niveau de mes bras, de mes poignets et une rupture totale au niveau de mes mains.
 
D’accord, donc au rugby oui tu es classé comment, tu es situé à quel niveau avec le système de points utilisé selon le handicap ?
Jonathan : Oui puisqu’en fait il y a une graduation qui est employée afin de représenter au mieux chaque athlète et respecter une équité fonctionnelle entre eux. Moi je suis dans la catégorie de 3 points au rugby fauteuil. Donc, les catégories s’étendent de 0,5 la personne la plus touchée fonctionnellement à 3,5 la personne la moins touchée. Et je suis un joueur, donc il y a deux aspects, les joueurs défensifs et les joueurs offensifs. Les joueurs défensifs sont plutôt réservés de la classe de 0,5 à 1,5 point et les joueurs offensifs de 2 à 3,5 points. Donc du coup moi je suis un joueur offensif, mon rôle premier c’est de mener le ballon, d’avoir un impact meilleur avec beaucoup de vivacité, beaucoup de fonctions. Au-delà de ça, je vais devoir sublimer mes coéquipiers qui ont moins de fonctions que moi et en fait ça va être une alchimie collective qui va se créer.
 
Il faut combien de points au total par équipe du coup ?
Jonathan : Alors, au final la composition de l’équipe doit former 8 points au total ou moins.
 
D’accord. En tant que sportif de haut niveau quelles distinctions, quel palmarès tu as pu recevoir ?
Jonathan : Alors, j’ai la chance de faire partie d’une structure telle que celle du Stade Toulousain Handisport qui a un très gros palmarès, qui est 9 fois Champion de France, 9 fois vainqueur de la Coupe de France. Après au niveau international, dans les derniers résultats nous avons fait 2 fois 3e place au Championnat d’Europe en 2019 et en 2017 avec l’équipe de France. Nous avons participé à tous les JO depuis la compétition de l’équipe de France, et aux Jeux de Londres on s’est classé 8e, aux Jeux de Rio on s’est classés 7e . A chaque fois, on s’est qualifiés pour ces tournois paralympiques sur la TQP, un tournoi qualificatif paralympique. Nous sommes arrivés à chaque fois à la finale du tournoi et en 2018 aux Championnats du Monde nous avons fini 5e.
 
Ah oui, bien !
Jonathan : Oui, c’est beaucoup de matière et beaucoup d’espoir...
 
Donc tu prépares les Jeux de Tokyo en ce moment ?
Jonathan : Exactement oui, donc du coup je m’entraîne, on se fait des séances particulières au Stade Toulousain, même si avant on avait le droit au contact, maintenant on en a plus le droit. Mais on a valsé sur une autre optique, sur une préparation individualisée avec des ateliers bien concis qui sont répertoriés sur des ateliers de force, des ateliers d’endurance et des ateliers d’adresse, tout ça bien pensé avec du ballon sans ballon et ça amène beaucoup de matière à chaque athlète en fonction aussi de ses besoins et en rapport avec ses capacités fonctionnelles.
 
Et quels sont tes objectifs pour Tokyo ?
Jonathan : Mes objectifs...eh bien déjà de figurer dans le dernier carré et pourquoi pas rêver d’une médaille paralympique aux Jeux de Tokyo, et bien sûr de la médaille d’or. Et en individuel, de devenir le meilleur joueur international de l’année. J’ai eu pas mal de distinctions au niveau européen et international, j’ai comme objectif de devenir le meilleur joueur du monde, un jour peut-être !
 
Sacré objectif ! Enfin, quel regard portes-tu sur cette saison avec la crise sanitaire qui nous touche actuellement ?
Jonathan : Eh bien déjà j’ai un regard on va dire avec beaucoup de recul, ce que je dis à chaque fois c’est qu’on a cette grande chance déjà de prendre toutes les précautions possibles pour que tout le monde aille bien, puisque j’ai grandi dans un environnement plutôt sévère, où le moindre écart ne pardonne pas surtout sur des symptômes comme ceux du coronavirus. Donc c’est vrai que la première priorité c’est que tout le collectif autant à Toulouse qu’en équipe de France aille bien, que tout le monde soit en bonne santé. Pour moi, c’est la plus grosse priorité, la deuxième qui anime mon équipe c’est cette notion de plaisir, c’est-à-dire de ne pas perdre le goût de la vie, le goût du sport donc c’est à dire de prendre différemment le temps de la préparation de l’activité sportive, mais de ne pas oublier de rester chez soi, prendre un peu de temps pour souffler et respirer le grand air. La pratique sportive de plein air ça peut être une très belle alternative. Et la dernière chose, c’est qu’il ne faut pas perdre ses objectifs avec tant de travail dans l’acharnement et dans l’envie...j’ai envie de dire qu’il ne faut pas oublier cet objectif des Jeux de 2021, il faut s’activer et se donner l’objectif de travail pour qu’on soit performant.
 
Eh oui, il ne faut pas s’arrêter. Est-ce que tu aurais un dernier petit mot pour conclure l’interview ? Quelque chose que je n’aurais pas abordé, que tu souhaiterais communiquer ?
Jonathan : Que j’aimerais communiquer...Alors, j’en aurais pleins, mais je vais en sélectionner. Déjà de remercier le CDH31 de leur investissement, de leur implication dans le mouvement handisport et surtout dans le département. Le soutien apporté autant à la pratique en loisir qu’en compétition et surtout pour les sportifs de haut niveau de les mettre en avant. Ça c’est la première chose. La deuxième chose, ce serait que j’ai envie de donner un message d’espoir, en fait depuis toujours je suis atteint d’une maladie malheureusement intuitive dans le temps et ce n’est pas pour autant qu’on ne peut pas chacun d’entre nous trouver une passion, quelque chose qui peut nous faire vibrer, rêver et permettre de réaliser l’impossible.
 
Merci beaucoup d’avoir participé à cet interview, je te souhaite une bonne continuation et le meilleur dans tes projets pour cette année et les années à venir.
Jonathan : Ça marche, merci pour ton investissement, ta disponibilité et voilà c’est chouette de pouvoir donner beaucoup de matière à tous nos athlètes de haut niveau et aussi à nos pratiquants sur leur discipline, sur ce mouvement handisport, voilà c’est chouette !
 
Janvier 2021.